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Canti & Musica - Anthologie de chants et musique profanes
Ocora - 2011


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ENREGISTREMENTS SURROUND
HISTOIRES VÉCUES

par Klaus Blasquiz



En collaboration avec : Tapages & Nocturnes

CUBA - Avril 2006

Préprod
Des enregistrements stéréo de "repérage" ont été rapportés de Cuba en 2005 par Cyril Vincensini, l’initiateur du projet, lui-même preneur de son et féru d’ethnomusicologie. Spécialiste du pourtour du golfe du Mexique, il n’a de cesse de faire découvrir des musiques méconnues, collectages qui lui ont permis de produire de très beaux CD. Les prises de son de Punto et de Trova ancienne qu’il réalise à Cuba sont excellentes du point de vue documentaire mais présentent selon moi des caractéristiques incompatibles avec une production sonore respectueuse d’aussi merveilleux musiciens et d’une musique aussi unique.
Lesdites prises de son ont certes été réalisées à l’aide d’un couple d’Audiotechnica AT4041 : d’où un certain manque de relief (réponse aux transitoires un peu molle) et de largeur de bande fréquentielle, selon moi.
L’idée est donc de multiplier les micros, qui seront mieux choisis, et donc les pistes, afin de s’assurer du résultat, du fait de la possibilité de les mixer ultérieurement, mais tout en gardant résolument le concept de stéréo de phase. Il faut s’assurer que les enregistrements stéréo des champs sonores sont le plus cohérent possible, tout en évitant absolument corrections, compression et effets à la prise.


Location
Il est projeté de filmer les séances (et tout autour) en faisant appel aux élèves de l’école Nationale de Cinéma de La Havane (ce qui ne se fera pas, au dernier moment).
Nous nous rendons chez Tapages, le loueur spécialiste du son de terrain, afin de compléter notre système. On nous y conseille de partir avec un enregistreur numérique Aaton Cantar, magnifique engin doté des ressources nécessaires aussi bien en matière de canaux (8) que de synchro avec l’image. Cependant, le fait que l’on n’y trouve que 5 préamplis micro impose l’adjonction d’une console, une Cooper Sound, aux préamplis de qualité.
Du fait qu’il n’est pas prévu de percher, nous optons pour des pieds légers, une perche étant cependant ajoutée à la panoplie afin d’aller "chercher" éventuellement les voix ou les instruments les plus "fragiles".
Un théâtre est loué à La Havane (Théâtre America), pour y enregistrer des trios acoustiques venus de Sancti Spiritu, alors que la Parranda de 15 musiciens, une banda de rue, sera enregistrée sur place, au centre de l’île, dans un lieu ouvert.


Le système de micros de base se compose d’un imposant Soundfield Mark V, qui donne 4 canaux en format B, ainsi que d’un couple principal de DPA, installé sur le même plan que le Soundfield, et d’un couple de DPA miniatures. Le compte est bon : 8 canaux !

Théâtre La Havane
Le théâtre America est doté d’une acoustique très satisfaisante et sa vaste scène permet une installation idéale. Même si les bruits permanents de la rue (motos et camions russes, vieilles américaines, conversations à tue-tête) et des visiteurs vont nous obliger à travailler de nuit.


Une table de production est placée à cour, pour la boisson (nos amis cubains engloutissent habituellement des quantités impressionnantes de rhum, sans compter que la température monte parfois au-dessus des 35°) et la rédaction des track sheets (feuilles de prises) : date, artiste, numéro de prise (selon le Cantar), nom du morceau, durée et surtout ordre de branchement des micros (fonction tenue par le régisseur bilingue Vincent le Boubennec : El Diablito). En effet : il est fondamental de respecter l’ordre WXYZ du Format B, sinon il sera très difficile de s’y retrouver au moment de la transformation dudit Format B en canaux discrets (5.1 à partir de 4).
WXYZ = pistes 1, 2, 3, 4 sur l’enregistreur, 5 & 6 pour le couple principal, et 7 & 8 pour les appoints. Mais toujours en stéréo !


Attention : il faut soigneusement aligner verticalement les couples avec le Soundfield, sinon : risques de surprises au "mixage" (disparition des graves, aigus voilés, rotations, etc.). Sur une autre table : la console, le Cantar et les casques.
Système de micros : un pied est posé à environ 1,80 m de distance et au centre des trios, les musiciens étant assis en arc de cercle, face à la salle. À 1,70 m de hauteur : le Soundfield. Juste au-dessous : le couple ORTF haut (visant les voix). Plus bas : l’autre couple ORTF (visant les cordes : Laud, Très et guitare).


Les percussions (maracas et claves), suffisamment puissantes, sont donc parfois amorties ou jouées volontairement avec modération, de peur de couvrir voix et cordes
ORTF : 17 cm entre les cellules et 110° d’angulation.
Problème : aussi bien le preneur de son que le producteur et les musiciens ne peuvent écouter la prise de son en surround.
Astuce : les couples étant un peu "courts" à eux seuls, on choisit un mélange de pistes spectaculaire" pour les écoutes inévitables… un verre à la main.
Prévoir des casques en quantité suffisante, et des sorties casques en conséquence.
Le preneur de son peut se balader dans les pistes, pour un monitoring de contrôle, mais devra sans doute choisir d’écouter le même mélange, pour un meilleur confort.

Sancti Spiritus
Nous partons ensuite vers le centre de l’île pour y enregistrer la Parranda locale lors d’une fête organisée à cette occasion, dans une ferme. Les musiciens de Punto sont des paysans, même si beaucoup d’entre eux enseignent dans l’école de musique locale. Le groupe se compose d’une demi-douzaine de cordes : un Laud (luth arabe très hispanisé), des Très (petites guitares à trois jeux de deux cordes) et des guitares.


Tout cela acoustique, bien entendu. On y trouve également maracas, triangle, bongos et surtout une certaine Marimbula, sorte de sanza géante (lamelles métalliques sur une caisse), qui fait office de contrebasse. Le faible niveau de cet instrument impose d’installer à relative proximité (moins d’1 m devant) le couple de DPA miniatures.Par ailleurs, les chanteurs étant passablement noyés dans cette masse sonore, un couple sur perche est prévu afin de les percher en proximité.
Ce couple reviendra à sa place, avec le Soundfield, face à la Parranda installée en arc de cercle aplati, pour les morceaux instrumentaux comme pour la joute poétique finale de deux chanteurs repentistes. Gros malheur : le Cantar tombe en panne la veille des prises. Heureusement, tout le système de micros envisagé peut être injecté dans la console Cooper, puis mixé et envoyé dans un DAT de secours, en stéréo. Sans possibilité de mixage ultérieur et surtout sans surround.


Mixage
C’est dans l’une des cellules de la Maison de la Radio que se fait le mixage, en stéréo, sur Pro Tools et Pro Control Digidesign. Il est projeté d’en faire un double CD pour Ocora, la maison de disques de Radio France spécialisée en musiques du monde. Une fois les pistes extraites et identifiées, les morceaux et les prises sont sélectionnés. Afin de "compléter" la paire de Genelec et les traditionnelles Cabasse, nous apportons une paire de moniteurs de proximité amplifiés E2A, qui nous semblent plus fiables. Ils nous sauveront la vie plusieurs fois, notamment au niveau de la fatigue auditive. Astuce : les couples sont mixés légèrement resserrés vers le centre et les surround sont ramenés vers l’avant, mais très écartés. On donne ainsi un peu d’air au mix, en enveloppant les trios de la respiration de la salle.

BRÉSIL - Février 2007

Préprod
Depuis des années je déplore la mauvaise qualité des enregistrements "live" des écoles de samba défilant dans le Sambodrome, lors du fameux carnaval de Rio de Janeiro.


Un ensemble hétéroclite de micros est réparti (par les techniciens du son dans le Sambodrome comme pour les retransmissions télé et radio) dans la batéria (section de percussions pouvant comprendre jusqu’à 300 musiciens) et devant le bec des chanteurs (puxadores), un ensemble auquel s’ajoutent des lignes : cavaquinhos (ancêtre du Ukulélé) et guitares électroacoustiques (parfois 7 cordes). Le mix : une glorieuse bouillasse plus proche du son d’une répétition d’un groupe de rock amateur que de ce que l’on pourrait attendre du plus grand spectacle musical du monde.


Carnaval réunit en effet chaque jour, pendant une semaine, plus de 80 000 spectateurs dans le Sambodrome (sorte de Stade de France en longueur), des millions (en direct et en continu) de téléspectateurs sur TV Globo et jusqu’à 6000 défilants dans chacune des 7 écoles en compétition.Le tout est sonorisé sur le parcours par des tours de son tous les 10 m ainsi qu’un camion de son (sono embarquée) chargé de suivre la batéria. Un système de repérage des déplacements de cette batéria (par GPS) permet de retarder adroitement la diffusion dans les enceintes tout au long du parcours, en fonction du déplacement du couple batéria-sono embarquée.La célérité du son étant de quelque 300 m/secondes, il faut éviter de diffuser en direct le mix vers des gradins placés parfois à plusieurs centaines de mètres de ces sources tonitruantes. On imagine facilement la confusion provoquée par un même son, énorme, arrivant à plusieurs secondes d’intervalles… C’était encore le cas il y a quelques années.La batéria, qui s’étale sur 60 m et plus, évolue sur tout le parcours mais fait également deux haltes dans des boxes perpendiculaires à celui-ci.


C’est dans le dernier de ces renfoncements que je décide de m’installer, ayant la chance d’être doté chaque année d’un laissez-passer de piste pour moi et mon assistant.

Équipage
Je me tourne à nouveau vers Tapages pour compléter le set up envisagé. Au tout récent Soundfield ST350, nettement plus gracile que le Mark V, complété d’un couple de Beyerdynamic M160 à ruban, viennent s’ajouter un enregistreur numérique sur DVD-Ram Fostex PD6 et une perche de 5 m en fibre de carbone.
Je pars léger, je suis en principe seul, même si un camarade local (Vincent Bonnet) viendra parfois prendre la perche pour me soulager. L’ensemble finit en effet par peser au bout de prises de près d’1/2 heure lors du passage de chaque batéria.


Carnaval
Une première nuit de tests me permet de comprendre à quel point de niveau de chaque batéria, furieuses percussions augmentées des diverses enceintes de haute puissance du complexe système de diffusion, nécessite d’atténuer à fond sur le préampli Soundfield. Sa LED rouge d’overload est en permanence allumée, mais, heureusement, cela ne tord pas pour autant.
Problème : le câble multipaire en Lemo reliant le micro (4 cellules) au préampli est trop court. Il fait à peine 3,5 m alors que le micro en bout de perche est à plus de quatre mètres de l’enregistreur. Le préampli Soundfield va donc pendre au bout de ce câble, en bas de perche. Heureusement, la connexion est solide et le désagrément d’un préampli en balancier est faible, ce dernier étant d’un poids très raisonnable. Le câble de sortie du préampli vers le Fostex, avec son éclaté en 4 XLR, est court mais suffisant, et son poids repose finalement sur l’enregistreur, en bandoulière. La batterie du préampli pend elle aussi au bout de son câble, mais ne posera pas plus de problème, même si esthétiquement toutes ces "breloques" font un peu désordre.
Attention au câblage du PD6 !
Si les sorties, côté gauche, les tranches, au-dessus, et les potentiomètres de niveaux, en façade, sont installés logiquement de gauche à droite (de 1 à 6), les entrées, côté droit, sont rangées à l’envers : de 6 à 1 ! Cette disposition fait certes joli, en miroir par rapport aux sorties, mais ne fait qu’augmenter la confusion. Suis-je bien câblé à l’envers, ou ais-je déjà pensé à l’envers et donc câblé à l’endroit en pensant câbler à l’envers ?
D’où l’intérêt d’un clap surround normalisé et d’un repérage soigneux des micros et des canaux…


Le problème de l’impossibilité de monitorer en surround demeure. De plus, le choix du couplage des pistes en écoute (sur le PD6) ne permet pas toutes les solutions. Il faut donc s’en tenir une fois de plus soit au couple ou à l’une des moins mauvaises combinaisons…
La durée d’enregistrement limitée sur chaque face de DVD-Ram (en 24/96 et six pistes) correspond heureusement au séjour moyen d’une batéria dans le box, permettant même, et cela se révélera d’importance, de capter leur arrivée et leur départ. Avec ce petit barda, je suis installé à la moitié de la profondeur de la batéria, dans le box, côté gauche dans le sens de la batéria rangée face à l’avenue du défilé. Le couple batéria-camion de son va donc arriver de l’avant gauche, évoluer de manière à entrer dans le box perpendiculaire (chaque batéria à sa manière de le faire), s’y installer de la gauche vers la droite (vers le fond du box) avant d’en repartir, de droite à gauche, en prenant l’avenue vers l’arrière gauche à la fin de sa halte. Une fois dans le box, les percussionnistes arrêtent de déambuler pour un temps, mais continuent de bastonner allègrement leurs tambours.


Avec la perche, je peux certes m’élever au-dessus de la mêlée, mais il m’est surtout possible d’entrer légèrement dans la batéria, de manière à avoir un peu "d’arrière" de celle-ci. L’immense public (qui danse, chante et applaudi ardemment) et les multiples enceintes donnent un effet environnant et enveloppant incomparable. Pression acoustique colossale, grande profondeur de champs, sources ponctuelles ou diffuses à 360° et possibilité offerte par le Soundfield de récupérer des sources en hauteur font de ces prises de son une expérience exemplaire.

Écoutes
La possibilité de récupérer en sortie du préampli une sorte de réduction stéréo, en plus d’une écoute de pistes adroitement assemblées, mais non surround, et surtout toujours en Format B, m’a tout de même permis de faire entendre sur place ce qu’il était possible de faire dans cet environnement difficile.
Les techniciens et ingénieurs chargés de la sonorisation du Sambodrome, le responsable de la production du CD annuel réunissant les sambas de chaque école du groupe spécial (équivalent à la ligue 1 de football), comme l’ingénieur du son de TV Globo, sont tous tombés d’accord. Même lorsque le mix final est en stéréo, la possibilité de récupérer l’environnement est inestimable. Les timbres, la dynamique (il n’y a toujours pas de compresseur, ni de limiteur) et les niveaux relatifs sont respectés. La sensation de vérité est incroyable. Il n’est que de voir les sourires, les hochements de tête, et l’insistance des auditeurs à ne pas lâcher le casque, ou le canapé, pour s’en rendre compte. Le son du disque officiel des écoles de samba est une collection de tous ce qui me gêne dans les habitudes, les modes sonores du temps : sons compressés sans raison, corrections à outrances, effets rajoutés (réverbes et échos) et mix de type variétés : graves indéterminés (autoradio), pas de réelle profondeur de champs (en deux dimensions), voix excessives et typées (U87), batéria maigre et sans relief, etc.
Cela ressemble plus à un mix rock mal digéré, formaté pour une écoute radio (on doit paraître plus fort que le disque précédent) là où il faudrait plutôt jouer, selon moi, la carte de la masse sonore époustouflante de ces incroyables fanfares.

Montreuil - Avril 2007

Jean-Marc l’Hôtel défriche assidûment aussi bien les phases de prise de son surround pour le cinéma, avec différents systèmes de micros, que les possibilités de traitement intermédiaire (conversions de fichier, changement de formats et autres entrelacements divers) de manière à inventorier et expérimenter les plus économiques et les plus praticables par l’ingénieur du son lui-même. Jean-Marc a une idée, qui paraît évidente mais qu’il ne suffit pas d’énoncer : comparer les systèmes de micros et les chaînes de traitements logicielles ou matérielles qui leur sont attachées. Il a déjà expérimenté en extérieur diverses ambiances, avec les trois systèmes, mais ne l’a pas encore fait avec de la musique.


Tests grandeur
Chez Tapages, partenaire de l’opération, nous sommes contraints de choisir des enregistreurs direct to disc, des Fostex 8 pistes, afin d’entrer tous ces canaux de micros : 4 du Soundfield, 2 du couple associé, 5 de l’Holophone et 3 du double MS.
La musique : du samba pagode, avec le groupe Roda de Cavaco, drivé par un Brésilien de Paris, le talentueux Fernando Del Papa. C’est chez lui, à Montreuil, dans un salon de type loft, que les enregistrements ont lieu. Une table, sur laquelle les trois systèmes de micros sont disposés sur des pieds… de table. Tout autour, assis dans un ordre savant, les musiciens. Des cavaquinhos, des petites percussions (pandeiros, tan-tan, rebolo, repique de mao, reco-reco et autres chocalhos) et tout le monde qui chante.
Cette configuration est identique à celle des groupes de même style jouant dans les bars et dans les jardins de Rio. Le Pagode est une fête où le public participe en chantant et en dansant le samba, tout autour d’une table où les musiciens boivent (bières et caïpirinhas) et mangent à l’occasion.
Sur le pied du Soundfield : une paire de M160 face aux deux chanteurs principaux.
Une petite sono : afin que les chanteurs et les instruments les plus fragiles puissent s’entendre au milieu de percussions pourtant très prudentes. L’enregistrement est par essence live, tout le monde jouant en même temps. Placée de part et d’autre de la table, à distance respectable, cette sono intervient en donnant un appoint, certes, à ces instruments de faible niveau, mais aussi en apportant un recul supplémentaire, avec un son provenant de l’arrière du public qui a pour effet d’accentuer la sensation d’enveloppement.


Écoutes surround
Si les trois systèmes de micros sont satisfaisants et procurent une bonne sensation d’encerclement, on peut cependant identifier de notables dissimilitudes pour ce qui est de la localisation, du timbre et de la cohérence d’ensemble. On pourrait ainsi leur attribuer de véritables " personnalités ". Comme pour toute gastronomie, qu’elle soit de type nouvelle cuisine, expérimentale, exotique ou bourgeoise : c’est bien sûr d’abord une affaire de goût.
L’ergonomie, la fonctionnalité, l’encombrement, le poids total (à transporter comme à percher) vont néanmoins être déterminants dans le choix des systèmes (et de leur chaîne de traitement postérieure), en fonction des applications pour lesquelles on souhaite les employer.

Algérie - Mai 2007

Préprod
Début 2007, Cyril Vincensini, avec qui j’ai déjà réalisé les enregistrements à Cuba, me demande de reproduire l’opération. Cette fois il s’agit d’une commande pour Safra Musique (Halim Keddich). Nous devons aller enregistrer des flûtes traditionnelles (et bendirs) du côté d’Annaba, au nord-est de l’Algérie. Finalement, Cyril ne peut venir, pris par ses occupations à l’UNESCO. Je demande alors à Philippe Nasse, avec qui j’ai déjà produit la méthode et vidéo musicale "Au Cœur des Batérias des écoles de Samba de Rio", de le remplacer.
Philippe est lui aussi percussionniste, mais amateur. De plus il est cadreur et producteur de vidéos. L’idée me vient alors de lui demander de tourner, par la même occasion, cette aventure nord-africaine.
Il va récupérer l’un de ses amis cadreur sur place (il vient d’Alger accompagné d’un camarade, lui aussi dans l’image et le son), et finalement s’occupera uniquement du tournage en HD. Nous serons cependant au moins six à travailler sur place (en comptant Halim et Mourad, ce dernier étant le régisseur du centre culturel français), ce qui me rassure totalement.
Nouvelle visite chez Tapages.
Très bonne idée : Olivier Binet me propose de prendre deux PD6. En cas de panne, c’est bien utile, mais cela va se révéler vital du fait que l’on enregistre sur des supports à capacité limitée. Les musiciens traditionnels n’ont en effet pas vraiment de notion de la durée de ce qu’ils vont jouer. Je peux ainsi passer d’un PD6 à l’autre, les deux machines étant chaînées, lorsque la fin d’une face de DVD-Ram approche dangereusement.
Je reprends un ST350 Soundfield, que Tapages à intégré à son catalogue, en y ajoutant une fois de plus ma paire favorite de M160. Une perche est également prévue, en plus des pieds ultralégers déjà utilisés à Cuba. On ne change pas une équipe qui gagne.
Autre idée : afin de permettre des écoutes à plusieurs paires d’oreilles simultanées, je prends également un ampli casque à quatre sorties. Avec les deux prises casques des Fostex : ça fait 6, mais je décide que 4 casques sont suffisants.


Afrique du Nord
Nous enregistrons d’abord des groupes de 2 flûtes (en roseau), accompagnés de deux ou trois bendirs (tambours sur cadre à une seule peau), dans une ancienne maison du vieil Annaba passablement délabrée, mais encore très belle. La cour centrale, entièrement carrelée, entourée d’un patio à colonnades de marbre de Carrare, dans le style Riad ou villa romaine, offre une acoustique remarquable. Pour éviter trop de réflexions, d’effet de sol, et pour un certain confort, des dizaines de tapis de prière sont posés au sol.
Pendant que Philippe et ses assistants tournent, avec leur propre son, j’effectue les captations à l’aide du Soundfield et du couple de M160, sur un seul et même pied.
La table de production est installée aussi loin que le permet la longueur des câbles. Le problème du multipaire Soundfield n’a toujours pas été résolu : c’est 3,5 m, pas plus.


À chaque prise, une annonce est faîte : numéro de scène (sur le Fostex), puis time code caméra. Ce qui va faciliter la recherche de correspondances au moment du montage et du mixage pour le DVD bonus accompagnant le CD. Il est également prévu de revenir plus tard à Annaba afin de compléter les prises de vues pour la fabrication d’un documentaire. La musique est magnifique et les musiciens ont suffisamment à dire et à montrer qu’il est en effet envisagé d’en faire un sujet à part entière : "les flûtistes d’Annaba". Les prises suivantes ont lieu hors la ville, dans un lieu très particulier : un tombeau de saints. Nous y choisissons une cour ombragée, installons les musiciens (debout) dans un renfoncement et essayons de nous faufiler entre les allers et retours de camions et de mobylettes, qui pétaradent sur la route en contrebas.Encore plus loin au sud d’Annaba : une autre tombe de saints. Le paysage vallonné est idyllique, avec tapis de fleurs et effluves printanières envoûtantes. Cette fois-ci, les prises se font en intérieur, avec là aussi force tapis au sol.


Pourtant, la vue au bout du plateau rocheux, après le cimetière, est suffisamment alléchante pour que nous y allions faire quelques images, avec perche, en plein vent.
Malgré les deux couches de Rycote : ça souffle fort sur les capsules. Une prise est acceptable, surtout pour l’image, mais nous retournons vite nous abriter dans le sanctuaire.
Chaque fois, la profusion de casque va se révéler très utile, surtout pour les musiciens, spectateurs (tous équipés de portables qu’ils oublient d’éteindre malgré nos demandent répétées !) et autres propriétaires des lieux et assistants.

Traitements
Je me rends compte rapidement qu’il n’existe pas vraiment de précédent en matière de prise de son musicale de terrain en surround.
Il nous faut apprendre vite de ces expériences vécues dans le " monde réel " afin de définir plusieurs méthodes et modes opératoires. Mis à part l’émotion générée par la sensation d’assister à des concerts privés, dans des lieux remarquables, il nous faut chaque fois considérer les meilleurs compromis. Par ailleurs, la chaîne reliant la prise de son à la masterisation des enregistrements doit être définie et inventoriée pour chacune des configurations. Ces chemins doivent indubitablement être défrichés en pratique, en plus d’être raisonnés.


Première opération indispensable : le passage des disques d’enregistrement, (disque dur de la machine ou DVD-Ram) à un disque dur de sauvegarde. Les fichiers entrelacés doivent ensuite être convertis en fichiers constitués de pistes discrètes. Cette phase intermédiaire se termine, pour les pistes en Format B provenant du Soundfield, par un encodage en 5.1, donc en pistes discrètes prêtes à être mixées. Cette opération originale nécessite un logiciel ou une interface matérielle spécifiques (Soundfield Surround Zone et 451) et ne peut malheureusement se faire qu’en temps réel. Avec une somme de 5 heures d’enregistrements, c’est quelque peu fastidieux et ça rappelle le travail sur bande. À l’avenir, il faudra penser à automatiser cette opération qui demande un certain contrôle, certes, mais ne nécessite en principe aucune manipulation humaine ou " choix artistique ".
Afin de fournir rapidement au producteur un dérushage sonore, il est plus pratique de transférer sur CD les fichiers stéréo des couples seuls. Ces mises à plat ne représentent pas la totalité des canaux, mais ils sont bien pratiques : il n’est pas nécessaire de les convertir d’un format à l’autre. Pour les enregistrements en pistes discrètes effectués à l’aide d’un micro Holophone, cette opération n’est pas nécessaire, mais ceux qui sont réalisés avec un double MS demandent eux aussi un traitement spécifique.
Avantage du Soundfield : les 5.1 (et plus) sont réduits aux 4 canaux du format B.
Encore mieux : avec le double MS les pistes sont réduites à 3 !
Enfin, il est logique, dans le cas d’un mixage en surround, de disposer d’une écoute du même métal. Plus facile à dire qu’à faire. Ce qui n’est évidemment pas nécessaire dans le cas d’un mixage stéréo de ces enregistrements surround. Les supports audio surround étant inexistants, ou au mieux rares et moribonds, l’ingénieur du son amateur de son environnant devra inévitablement se tourner un jour ou l’autre vers le son à l’image.
Nous attendons tous avec impatience que le support haute densité Blu Ray fasse sa percée.