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Canti & Musica - Anthologie de chants et musique profanes
Ocora - 2011


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Publication  : Le Monde de la Musique (CHOC)
Auteur  : Bertrand Dicale
Titre  : Honduras
Ensemble Wabaruagun - Chants des Caribs noirs
Ocora Radio France


L’épopée des Caribs noirs du Honduras est une des plus romanesques de l’histoire des afro-Amériques : quelques centaines de Noirs destinés aux plantations des Antilles, rescapés des naufrages de deux navires négriers, s’agrégèrent au XVIIe siècle aux Indiens caraïbes de l’île de Saint-Vincent, alors française, pour former une communauté d’hommes libres, dès le premier jour soumise aux convulsions de l’histoire coloniale. Le processus de créolisation de leur culture, déjà spectaculaire, s’accéléra lorsque, après avoir supplanté leurs hôtes amérindiens, ils furent déportés par les Anglais sur des îles côtières du Honduras, d’où ils gagnèrent en quelques années le continent au contact des Espagnols et des Indiens Miskitos. Implantés le long de la côte du Honduras, du Guatemala et du Belize, les Garinagu (corruption de Kallinago, nom sous lequel se désignaient les Indiens Caraïbes) sont porteurs d’une identité spectaculairement complexe : « chef-d’œuvre de syncrétisme », selon l’expression d’un anthropologue, leur religion combine le chamanisme et le culte des ancêtres amérindiens avec des rites et des pratiques d’origine ouest-africaine sur un fond de christianisme, leur langue contient beaucoup de mots français créolisés, Saint-Vincent a pris dans la mémoire collective une fonction de lieu originel mythique.
D’un point de vue musical, leur culture est à peut-être la dernière à porter la trace des mélodies caraïbes tout en ayant gardé la marque du quadrille français, dont on devine encore des trais mélodiques sous le gunchei des Caribs noirs. Leur usage de deux gros tambours frappés à main nue (primero et segundo) se rapproche de celui du maké et du boula dans le gwo ka de la Guadeloupe, avec lequel la proximité est d’autant plus flagrante qu’on y entend aussi des calebasses et des conques marines à deux notes. Parfois, donc, on a réellement l’impression d’entendre de la musique de la Guadeloupe ; ailleurs, la proximité avec certaines musiques rituelles d’Amérindiens d’Amérique centrale l’emporte. Et, même, dans un oremu egi, chant a cappella accompagnant le rapage du manioc, certains traits mélodiques et harmoniques évoquent de vieux chants de l’Île Rodrigues, dans l’océan Indien.
Ce collectage récent (2000) regroupe pièces dévotionnelles, extraits de rites de possession et musique sociale. Plus rigoureux, moins folklorisant que quelques disques parus ces derniers lustres à propos du Honduras, il ouvre de passionnantes pistes de recherche sur l’intrication des cultures dans les terres créoles, dans lesquelles on a trop longtemps cherché soit l’expression la plus lisse possible de musiques délicatement tropicales, soit l’affirmation d’une négritude aussi « pure » que possible. Il est dommage, par exemple, que le livret soit aussi lacunaire sur la question linguistique, l’auditeur devant s’en tenir aux conjectures quant aux bribes de créole français ou espagnol qu’il croit saisir çà et là.