Un lien à instaurer
Musiques du Monde a pour objet de collecter les musiques traditionnelles méconnues, sous-représentées ou inexistantes dans les collections de musiques traditionnelles, de faciliter leur publication et leur promotion. L’objectif de ses membres est de rendre possible la rencontre entre ces traditions et le public en général, afin de contribuer à la préservation de la diversité culturelle. Elle se définit comme complémentaire d’autres organismes dévolus
à l’édition et la programmation des musiques,
mais qui n’ont pas vocation à prendre en charge le
délicat travail de collectage.
Nécessité de la collecte
De nombreuses musiques du monde risquent aujourd’hui de tomber
dans l’oubli du fait de la disparition de leurs interprètes
traditionnels, les générations suivantes n’étant
pas toujours désireuses de perpétuer les anciennes
formes. D’autres musiques, bénéficiant souvent
d’une production discographique artisanale dans leur pays,
ont beaucoup de difficultés à sortir de leurs
frontières parce qu’elle ne coïncident pas avec
les modes occidentales, ou parce qu’elles sont jugées
mineures ou difficilement commercialisables .
Dans les deux cas ces traditions restent inaccessibles au
public d’amateurs de musiques du monde. Sans un programme
de collecte systématique, il ne restera des premières,
au mieux, que ce qu’en auront préservé les interprètes
les plus commerciaux du pays ; toutes les formes antérieures
auront disparu. Sans intervention sur place, pour les enregistrer
dans leur contexte, les secondes ne parviendront jamais jusqu’à
nous, ou sous des formes arrangées, considérées
comme plus attractives par l’industrie du disque.
On le sait, toute musique traditionnelle est conduite à
évoluer avec son environnement ; ce processus, vital
et imprévisible, a pour corollaire l’ensevelissement
des formes plus anciennes, ou leur adaptation au sein de nouveaux
répertoires ; or, s’il faut bien se faire une
raison et admettre le silence des siècles précédents,
nous n’avons en revanche plus d’excuse aujourd’hui quand les
moyens les plus divers sont à notre disposition pour
fixer sur support pérenne le patrimoine musical de
la planète, à des coûts tout à
fait abordables.
Pour certaines traditions musicales, des enregistrements anciens
existent, mais leur qualité sonore les rend peu accessibles
au public d’aujourd’hui. Dans presque tous les cas il est
indispensable de retourner sur les lieux pour renouveler
la qualité sonore, refaire le point, découvrir
de nouveaux interprètes, prendre l’empreinte des dernières
évolutions, dans l’esprit de pionniers tels que Alan Lomax ou Harry Smith aux Etats-Unis, Vicente T. Mendoza
et Raùl Hellmer au Mexique, Charles Duvelle et Simha
Arom en Afrique. Sans les travaux considérables de
ces précurseurs, que serait la mémoire musicale
de l’Amérique du nord, du Mexique, de l’Afrique ? Collecter
le patrimoine musical contemporain doit être considéré
comme une responsabilité à l’égard des
générations futures.
L’objectif de Musiques du Monde est donc de pouvoir
intervenir rapidement sur le terrain ; ses perspectives, toutes
oeuvrant dans le sens de la préservation de la diversité
culturelle, sont de favoriser l’édition et la diffusion
des musiques enregistrées (inédites pour la
plupart), ainsi que leur promotion.
Au service des cultures du monde
Pour les communautés concernées, l’arrivée
d’un étranger désireux d’enregistrer son patrimoine
musical peut être perçu de multiples manières.
Le premier travail du collecteur est d’expliquer sa démarche,
avant de s’entendre avec les autochtones pour la faire aboutir.
La perspective de bénéficier d’une diffusion
dépassant les frontières de la région
ou du pays peut être perçue comme une forme de
reconnaissance par les musiciens ou la communauté,
à quoi viennent s’ajouter, dans un schéma classique,
le versement de cachets et l’élaboration d’un accord
pour le cas où les enregistrements seraient publiés.
De plus, le travail de collecte en lui-même peut amener
certaines populations à reconsidérer leur patrimoine
culturel et à le revaloriser.
Enfin, des travaux tels que le « Projet
de déclaration des droits culturels »,
publié
par l’UNESCO, soulignent que la reconnaissance d’une communauté
culturelle par le reste du monde est aussi conditionnée
à des actes déclaratoires de la part de celle-ci
; dans cette optique, l’affirmation (via la publication d’un
phonogramme) d’un patrimoine musical, facteur déterminant
de l’identité culturelle d’une communauté ou
d’un peuple, doit être assimilée à
l’un de ces actes déclaratoires.
Une collecte équitable
Musiques du Monde souhaite promouvoir un concept adapté
à la réalité du terrain, concept que
nous appellerons collecte équitable, car il reprend
à son compte certains traits propres au commerce équitable.
Le travail de collecte implique pour le collecteur de rémunérer
les musiciens lors des séances d’enregistrement sur
place, puis de s’arranger pour leur faire parvenir une somme
adéquate sitôt l’enregistrement vendu à
un label, l’ensemble se déroulant dans le cadre de
cette étroite niche économique, où les
sommes en circulation sont faibles. La collecte équitable
pourra prendre en compte les besoins plus précis de
groupes ou communautés et financer, grâce à
la participation de partenaires du monde de la culture ou
du commerce, certains projets de développement local,
notamment ceux liés au collectage et à la transmission
du patrimoine culturel. Ces apports n’excluent pas le versement
de cachets aux musiciens. Nous nous efforcerons chaque fois
de maximiser la part revenant aux interprètes, tous
frais de collecte déduits.
Les sigles des partenaires ayant financé la collecte
seront imprimés sur le ou les disques à paraître
(lorsque la charte de partenariat du label le permet). La
communauté pourra, dans la mesure où les fonds disponibles le permettent et sous réserve de l’accord du label, être
rémunérée par un tirage spécial à leur usage exclusif dans les limites du territoire de la communauté ou du pays où elle se trouve.
Au service des collecteurs
Partir enregistrer de son propre chef, sans l’appui d’une
institution, les éléments d’un patrimoine musical,
est une aventure inoubliable mais hasardeuse. Le risque existe
de s’endetter pour réaliser un projet dont le
produit finalement ne trouvera pas acquéreur, ou beaucoup
plus tard. Il s’agit donc de libérer le collecteur
de l’obligation de vente immédiate, le dégager
des impératifs de rentabilité.
Dans le système mis en place par Musiques du Monde,
un projet de collecte soumis par un membre actif et sélectionné
par MM peut être financé de diverses manières
selon que ce membre soit déjà salarié
ou indépendant et vivant de cette activité.
Tout membre salarié au moment du dépôt
du projet sera défrayé jusqu’à son retour
de collecte.
Le membre indépendant sera défrayé et
salarié jusqu’à son retour de collecte.
Si le collecteur quel que soit son statut doit être
accompagné d’un assistant pour mener à bien
son projet, ce dernier sera, tout comme le collecteur, défrayé
et/ou salarié jusqu’à son retour de collecte.
Au service des labels de musiques
du monde
Du côté des maisons de disques, tout le monde
en convient, ces musiques ne sont pas faciles à vendre.
En Europe, le travail remarquable de certains labels bénéficiant
de subsides d’Etat a permis de constituer des collections
parmi les plus impressionnantes. Cependant, de petits labels
privés continuent avec plus ou moins de succès
de publier des enregistrements assez pointus, aux côtés
de produits de variétés internationales et de
world Music pour lesquels la demande est plus importante,
les ventes des seconds autorisant la présence des premiers
au catalogue. Dans l’ensemble, cette demande reste trop faible
pour motiver les nombreuses collectes à réaliser,
d’autant que le collecteur n’a aucune assurance de vendre
le produit de ses enregistrements. En fait, même dans
le cas où ceux-ci trouveraient preneur, cela ne permettrait
pas de couvrir le coût total de la collecte et de payer
les musiciens.
A l’évidence la préservation de musiques menacées,
peu connues ou marginales, n’ a pas à dépendre
de la bonne volonté de labels qui, au premier chef,
ont la nécessité de survivre économiquement.
Libérer les collecteurs de l’obligation de vente immédiate
est un moyen de permettre la constitution d’un réservoir
d’enregistrements de qualité où les labels pourront
puiser à leur guise. Nous les contacterons avant chaque
collecte pour tester leur intérêt éventuel,
et obtenir le cas échéant une promesse d’achat.
La plupart, s’ils n’ont pas les moyens de financer ce genre
d’entreprise, sont à priori intéressés
à en acquérir le produit.
Dans de bonnes conditions, la publication d’un ou deux compact-disques
suit le travail sur le terrain et couvre une partie des frais
engagés. Nous ferons donc tout pour multiplier les
publications en nous adressant à tous les labels susceptibles
d’être intéressés, quelle que soit leur
nationalité.
Au
service du public
Nous l’avons dit, la collecte du patrimoine musical
contemporain doit être considérée comme
une responsabilité à l’égard des générations
futures, chacun de nos projets sera mis en oeuvre en gardant
à l’esprit qu’il constitue aussi un petit
pas vers cet horizon. Globalement, nous ferons tout pour permettre
la rencontre entre le public et ces traditions musicales méconnues ou menacées. La musique entretenant des liens avec
tous les aspects de la culture ainsi qu’avec les autres
arts, il sera important de considérer tous les médiums
permettant de rendre plus sensible le contexte où elle
se produit. Ainsi, chaque mission pourra aboutir à
l’établissement d’une véritable
passerelle entre un peuple, un groupe, des musiciens, et un
public chaque fois plus attentif à cet autre lui-même
capable de l’étonner.
Qui sait aujourd’hui ce que l’amateur de musiques demandera
demain ? Qui sait si le marché des musiques traditionnelles
ne va pas soudain s’élargir et les labels devoir faire
face à une demande exigeante et éclairée
?
Une structure en accord avec l’ensemble
des protagonistes
Ce sont ces multiples constats ainsi que de nombreuses expériences
menées sur le terrain qui ont permis de cerner le manque
que nous nous proposons de combler. Face à eux l’idée
de l’association Musiques du Monde apparaît comme un
rouage nécessaire : une entité entièrement
dévolue aux musiques du monde et à leurs interprètes,
favorisant les activités de la plupart des acteurs
intervenant dans ce domaine, ayant pour objet la collecte,
la promotion et la diffusion de ces musiques.
Une structure susceptible, par ses activités,
- de contribuer à la préservation de la diversité
culturelle,
- d’apporter une reconnaissance culturelle et un soutien à
certaines communautés isolées,
- de susciter un regain d’intérêt pour le patrimoine
musical mondial,
- de favoriser le développement d’un secteur
dépendant souvent de bonnes volontés,
- de développer
une profession, de faire naître des vocations ;
- de permettre la constitution d’une banque de musiques
originales, accessible aux labels spécialisés
désireux de les publier,
- de fournir un centre de ressources élargi aux ingénieurs
culturels, organisateurs de festivals.
Les collectes
Musiques du Monde se propose donc d’envoyer dans les pays
concernés des habitués du travail de terrain,
capables de mener à bien la collecte d’une tradition
musicale dans le contexte où elle se produit.
La sélection d’une collecte s’effectuera, chaque fois
que possible, en consultation avec des spécialistes
de la zone concernée. Seront pris en compte les problèmes
logistiques qu’elle soulève, ainsi que la présence
éventuelle de disques déjà disponibles
sur les genres musicaux visés. L’aptitude d’un collecteur
à mettre en oeuvre son projet sera évaluée
au vu de ses expériences précédentes,
des travaux et publications à son actif et de la qualité
de ses contacts et soutiens sur place. Dans tous les cas seront
considérées attentivement les aptitudes techniques
du candidat dans le domaine de la prise de son et sa capacité
à travailler dans les limites d’un budget imparti.
Car ces collectes ne coûtent pas si cher dès
lors qu’elles sont gérées par des professionnels.
Les coûts globaux varient selon la difficulté
d’approche géographique, le matériel nécessaire,
la présence d’une ou de deux personnes sur le terrain,
la durée du séjour et l’importance estimée
du patrimoine à enregistrer ; à titre indicatif,
certaines missions peuvent être réalisée
avec 8000 euros seulement.
De quoi avons-nous besoin ? d’acheter des billets d’avion,
du matériel supplémentaire lorsque le contexte
l’exige, de financer des missions d’une ou deux personnes
ou de les défrayer, d’assurer l’équipement,
de payer les musiciens comme il convient et de faire en sorte,
en cas de publication, que leur part des droits parvienne
à destination, enfin, de soutenir un éventuel projet local lorsque nous travaillons avec une communauté.
Dans un premier temps, le traitement des enregistrements sonores
sera réalisé en France par des professionnels
du son bénévoles, membres de l’association.
Promotion
Dans la continuité des prises de sons et de leur publication
nous souhaitons associer nos efforts à ceux d’institutions
culturelles renommées telles que, par exemple, Radio-France, la Cité de la Musique ou certains festivals,
qui depuis de nombreuses années multiplient les initiatives
pour permettre la rencontre entre le public et ces musiques
méconnues. Nous leur proposerons chaque fois que possible
divers types de partenariats afin de favoriser la venue de
musiciens et permettre la réalisation d’événements
connexes, émissions de radio, expositions, projections
de documentaire, publications, etc.



